L’industrie forestière pourrait bientôt avoir droit à un peu «d’oxygène» alors qu’une brèche se dessine dans l’épineux dossier de la réforme du régime forestier. Le temps presse toutefois pour Kateri Champagne Jourdain, à quelques semaines de la fin des travaux. «On va adopter [le projet de loi] d’ici la fin de la session. Il le faut.»
«J’ai très confiance. C’est une priorité pour notre gouvernement», tranche d’entrée de jeu la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, en entrevue au Soleil.
Qualifié de «mini-réforme» par son successeur, le projet de loi 11, qui vise à soulager les acteurs de l’industrie forestière en les rendant plus «compétitifs et résilients», devrait voir son chemin législatif aboutir imminemment, à en croire la députée de Duplessis.
Après des études détaillées en commission, «le projet de loi a été officiellement rappelé en Chambre», souligne l’élue. Le temps file toutefois pour le gouvernement, pressé par une session parlementaire express.
«Assurément, on aura le temps», rassure Kateri Champagne Jourdain, à la sortie d’une période de questions. «Je ne contrôle pas ce que les oppositions vont faire, mais, de notre côté, c’est notre plan.»
Un coup de pouce «à court terme»
Après l’abandon du controversé projet de loi 97, visant à réformer en profondeur le régime forestier, la CAQ s’est tournée vers une «mini-réforme» pour proposer des solutions «à court terme» à l’industrie, confrontée à une vague de fermetures et de pertes d’emploi.
Le projet de loi prévoit entre autres l’abolition de la redevance annuelle pour les scieries, une révision de la tarification du bois de la forêt publique et la fin du système d’enchères.
«On vient apporter des solutions qui permettent d’apporter de l’air, puis de rendre nos industries compétitives et résilientes dans le contexte extrêmement difficile qu’elles vivent actuellement.»
Québec mise également sur la création de projets pilotes pour «valider» de nouvelles approches de gestion participative, notamment avec les communautés autochtones. L’expérience acquise sera ensuite mise à profit pour «établir les bases de la prochaine réforme du régime forestier», explique la ministre.
«Il faut se donner la chance de tester ça pour être en mesure d’aligner les travaux de la prochaine réforme du régime forestier, qui doit être mieux faite.»
Déjà, des discussions pour la création d’un comité de gestion territoriale sont entamées avec le grand conseil de la Nation atikamekw, en Mauricie, rappelle l’élue. «On va pouvoir y aller plus rondement une fois que le projet de loi va être adopté.»
D’autres prises de bec à venir?
Les engagements du gouvernement en matière de foresterie continuent toutefois de faire des mécontents, au sein des communautés autochtones.
À la suite de l’annonce de la «mini-réforme», en mars dernier, le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Francis Verreault-Paul, s’est dit désolé de la «réactivité» du gouvernement, déplorant une «réponse immédiate aux enjeux présents» plutôt qu’une réflexion à long terme.
Dès lors, le chef de l’APNQL a indiqué vouloir miser sur les acteurs de la société civile et le «prochain gouvernement en place» pour faire avancer le dossier du régime forestier.
À l’approche de l’été, le spectre de nouveaux blocus forestiers accentue également la pression du côté de Québec.
«On veut que les choses se passent bien, indique Kateri Champagne Jourdain. Comme gouvernement, on a démontré qu’on était en mesure de se réajuster. Le retrait du projet de loi 97, c’est une action qu’on a prise à la suite d’une réaction sur le terrain. On a pris la décision de le retirer et de recommencer autrement.»
Les dés semblent toutefois jetés alors que Dave Petiquay, gardien du territoire et porte-étendard des blocus forestiers, a d’ores et déjà déclaré qu’«aucune coupe forestière ne sera tolérée dans le territoire», encore cette année.
«Nous voulons garder nos forêts intactes pour que nos jeunes puissent continuer les activités traditionnelles», a précisé M. Petiquay sur ses réseaux sociaux.
Elle-même originaire de la communauté innue de Uashat Mak Mani-Utenam, la ministre des Ressources naturelles et des Forêts garde tout de même espoir de pouvoir apaiser les tensions et d’ainsi éviter une multiplication des contestations.
«Il faut laisser la chance au processus qu’on est en train de faire», note-t-elle, en rappelant que les conseils de bande restent les «interlocuteurs principaux du gouvernement».
«Je pense que ma connaissance des réalités autochtones, mais aussi ma sensibilité aux enjeux régionaux, à l’économie des régions, va me porter à trouver des solutions.»
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